Dans le langage de la photographie résonnent souvent des mots de chasse. On "arme" l’appareil, on "shoot" une image, on "capture" une scène. L’image devient alors une proie, et le photographe, un chasseur. Le sténopé, lui, invite à une tout autre relation au monde.
On ne traque pas une image avec un trou d’aiguille. On l’attend, on l’accueille. Je ne chasse pas mes images : je les cueille. Lentement, délicatement, comme on cueille un fruit sans l’abîmer. Parfois même, je les cultive. Je prépare le lieu, le temps, la lumière et je reviens plus tard, lorsque l’image est prête, mûre. Avec le sténopé, on reçoit plus que l’on capture. Le sténopé se tient loin de la course effrénée aux pixels, aux appareils successifs, aux objectifs toujours plus chers.
Là où la technologie s’encombre, lui s’allège. Il rappelle qu’une image peut naître d’une simple boîte de bois, d’une cannette, d’un hangar même. Il suffit d’un volume, d’un trou minuscule et d’une surface sensible prête à accueillir la lumière. C’est une forme d’Arte Povera photographique: Une création dépouillée, primitive, où l’on simplifie pour mieux voir.
Avec le sténopé, l’image n’est plus un trophée arraché au réel, mais un fruit né de la lumière.